Flamme du chalumeau chauffant un fil de laiton pendant la brasure, dans l’atelier d’Agnès Nicot à Limogesartisanat d'art à limoges par agnes nicot, travail du laiton dans son atelier

Le geste

Savoir-faire et matières
Jeune pousse en laiton tenue à la pince devant la flamme d'une bougie, dans l'atelier Les Aubépines

De main en main

Avant l’atelier, il y a eu le bloc opératoire. Comme infirmière, j’y ai appris l’exigence d’un travail technique : la précision et le calme de la main. On dit parfois que les chirurgiens sont les artisans de la médecine. J’avais, sans le savoir, déjà un pied dans l’artisanat.

Puis il y a eu Yves, bijoutier-joaillier. Le jour où il m’a fait découvrir son atelier, une envie est née, et ne m’a plus quittée. Le temps d’un compagnonnage, il m’a transmis une part de son savoir-faire, et surtout un regard : voir dans le doute non pas un obstacle, mais une terre fertile.

De ces deux écoles et de mon héritage familial, j’ai gardé le goût de l’outillage, de la main qui façonne, et la conviction que la justesse demande du temps. À mon tour, je transmets : ce que l’on reçoit ne demande qu’à être semé.

Dans mon atelier de Limoges, geste après geste, la matière prend vie. Lentement.

creation artististique inspirée de la nature. fabrication artisanale à Limoges par Agnès Nicot

Glaner et observer

Tout commence dehors, au fil de mes balades, souvent dans la forêt limousine. Feuilles, fleurs, plumes, insectes : je récolte de petites merveilles que je rapporte à l’atelier et garde précieusement dans ma malle aux trésors.

Je les observe longuement. Je me plonge aussi dans des illustrations botaniques, des planches anciennes aux livres pour enfants. Dans ces trouvailles comme dans ces pages, je me nourris des détails, des patterns et des imprévus : ces irrégularités qui rendent chaque élément de la nature unique.

Puis les idées infusent. Parfois un dessin naît. Mais j’aime surtout laisser le métal me surprendre.

Agnès Nicot texturant une plaque de laiton à la fraise, à son établi de bijoutière

Esquisser et donner corps

Je pars de plaques et de fils de laiton, que je découpe en formes approximatives, et que je commence à assembler. À ce stade, je ne cherche pas la perfection, mais une silhouette, un équilibre, une rencontre qui, à un moment, me touche. C’est cette émotion qui me guide.

Sous mes outils, le métal se fait peau. Il révèle des empreintes, des reliefs, de fines cicatrices, comme tout ce qui est vivant. En sculptant cette surface, j’invite la lumière à s’y accrocher.

Quand l’esquisse a trouvé sa forme, vient le temps de la précision. J’affine les lignes, je brase chaque élément, puis je mets en forme. Peu à peu, l’objet s’éveille.

Une création ne quitte l’atelier que si quelque chose résonne en moi. Dans cet instant suspendu, il m’arrive d’être émue aux larmes.

travail de sculpture, branche en laiton doré et porcelaine, agnès nicot, les aubépines à limoges

Les matières

Le laiton. Un laiton premier titre, exempt de substances nocives (sans plomb, sans nickel et sans cadmium). Mes sculptures le gardent brut, dans une finition douce et satinée : avec le temps, il se patinera, comme une feuille change de couleur au fil des saisons.

La dorure et l’argenture. Mes bijoux sont en laiton recouvert d’or 24 carats ou d’argent 925. Ces métaux précieux sont recyclés et issus de filières respectueuses des personnes et de l’environnement certifiées par le Responsible Jewellery Council (RJC). La dorure est confiée à un doreur parisien labellisé Entreprise du Patrimoine Vivant (EPV) qui partage mon exigence et mes valeurs.

La porcelaine. J’imagine chaque pièce, souvent en partant d’objets anciens, puis je confie sa fabrication à un petit cercle d’artisans locaux. Travaillée en biscuit, sans émail, elle garde un toucher mat et velouté. Elle se marie à l’éclat du laiton et vient adoucir le métal. Les deux matières se répondent et trouvent ensemble leur harmonie.

Autant que possible, je privilégie des matières premières françaises et des savoir-faire de proximité.

C’est aussi cette exigence qui me lie à Ateliers d’Art de France, dont je suis membre, aux côtés de professionnels des métiers d’art reconnus pour la maîtrise de leur savoir-faire.